Communes et quartiers

Très vaste et très étendue d’ouest en est, la ville de Kinshasa s’organise en s’articulant autour des quelques grandes artères qui servent de voies de communication principales. Ces artères sont entrecoupées par des ronds-points qui servent souvent de carrefours de transit vers les entités éloignées du centre. Si le Boulevard du 30 juin est considéré comme l’artère emblématique qui traverse le centre-ville, partant de la gare centrale (place du 30 juin) au rond-point Socimat, avec jonction et prolongement sur l’avenue Mondjiba vers Kintambo Magasin, l’avenue Kasa-Vubu reste la plus longue de la ville. C’est vraiment la colonne vertébrale de la capitale, qui part de l’Hôtel de la poste (sur le Boulevard du 30 juin) jusqu’à Kintambo Magasin, divisant la ville en deux.

Avenue Kasa-Vubu

L’histoire de la ville nous apprend que cette avenue, ‘sa colonne vertébrale’, est parmi les premières routes asphaltées et s’appelait à l’origine Prince Baudouin. Ce qui explique que dans l’imaginaire du Kinois, toute route asphaltée s’appellerait « prince »… Sous forme d’arc, elle traverse sept communes de la capitale, de la Gombe à Kintambo. A partir de la Gombe (la poste, les jardins botanique et zoologique), l’avenue traverse la commune de Kinshasa jusqu’au Pont Kasa-Vubu, au niveau du Stade des Martyrs. A partir de la jonction avec le Boulevard Triomphal et l’avenue Sendwe, l’avenue Kasa-Vubu sert de frontière entre la commune de Kasa-Vubu (à droite) et les communes de Kalamu (quartiers Matongé et Kimbangu/Mariano) et de Ngiri-Ngiri (à gauche) jusqu’au rond-point de Bandalungwa (Bandal). De ce rond-point, l’avenue Kasa-Vubu poursuit son parcours et traverse la commune de Bandal jusqu’au pont Lunda Bululu. A partir duquel, elle sert de frontière entre les communes de Ngaliema (quartier Ma Campagne à gauche) et de Kintambo (à droite), jusqu’au carrefour du centre commercial de Kintambo, mieux connu sous l’appellation de Kintambo Magasin.

Carrefours & axes de transit

L’avenue Sendwe qui croise l’avenue Kasa-Vubu à la hauteur du Stade des Martyrs, se prolonge en pleine commune de Kalamu en direction de la commune de Limete. Là, elle fait jonction avec, d’une part, l’avenue de l’Université qui se dirige vers le rond-point Ngaba, en servant de frontière aux communes de Kalamu (quartiers Kauka, Yolo), Makala et de Limete, Lemba et Ngaba. D’autre part, l’avenue Sendwe fait jonction avec le Boulevard Lumumba venant de l’aéroport de Ndolo, pour se prolonger en direction de l’aéroport de Ndjili. Le Boulevard Lumumba traverse la commune de Limete jusqu’à l’Echangeur de Limete avant de servir de frontière aux communes de Lemba, Matete, Ndjili, Kimbanseke à droite, et de Limete et Masina à gauche, jusqu’à l’aéroport de Ndjili. A ce niveau, le Boulevard se confond avec la Nationale n°1 qui vous emmène à Maluku ou vers la province du Bandundu, en passant par le plateau des Batéké. A partir de l’Echangeur de Limete, on peut se diriger vers l’ouest de la ville et retrouver la route de Matadi, par l’avenue By Pass jusqu’au carrefour de l’UPN (Université Pédagogique Nationale) en passant par le rond-point Ngaba. Ce parcours côtoie les communes de Lemba, Ngaba, Makala et Mont Ngafula. Du rond-point Ngaba, l’avenue de l’Université vous dirige assez logiquement vers l’Université de Kinshasa. A partir du carrefour de l’UPN, deux axes s’offrent au visiteur. D’une part, la route de Matadi pour sortir vers la province du Bas-Congo en passant par les communes de Ngaliema, Mont Ngafula et Selembao. L’autre axe vous ramène vers le centre-ville, en passant par la Commune de Ngaliema (quartiers Binza Pigeon, Delvaux, Météo, Palais de Marbre,…) pour arriver à Kintambo Magasin.

Du centre-ville à la « Cité »

Outre par l’avenue Kasa-Vubu, la sortie du centre-ville (à partir du Boulevard du 30 juin) est possible par d’autres artères. L’avenue de la Démocratie (ex Huileries), à partir de l’immeuble de la Régideso, sert de frontière entre les communes de Kinshasa (à gauche) et de Lingwala (à droite) jusqu’au croisement du Boulevard Triomphal (entre le Stade des Martyrs et le Palais du Peuple). Elle est prolongée par l’avenue Assossa qui traverse la commune de Kasa-Vubu (monument du Président Kasa-Vubu, place Kimpwanza) jusqu’en pleine commune de Ngiri-Ngiri. L’avenue de la Libération (ex 24 novembre), à partir du carrefour Mandela, vous conduit quant à elle jusqu’à l’UPN en passant par le rond-point de Bandal. Elle côtoie les communes de Lingwala, Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri, Bumbu, Selembao (à gauche) et Gombe, Bandalungwa et Ngaliema (à droite). De la gare centrale, vous rejoignez l’avenue Kabasele Tshiamala (ex Flambeau) au carrefour des avenues des Sénégalais et Tombalbaye, pour vous diriger vers Bon Marché, l’un des quartiers d’ambiance de la ville, situé dans la commune de Barumbu.

Le fleuve, toujours présent

De la Baie de Ngaliema, en amont des rapides de Kinsuka jusqu’à Maluku, le fleuve borde la ville et offre de très belles perspectives sur le Pool Malebo et sur Brazzaville en face. De Mbudi Nature jusqu’au Petit Paradis à Maluku, en passant par Chez Tintin, Safari Beach, Kinkole et Nsele, plusieurs sites touristiques sont situés sur cette rive, malgré l’inexistence d’une grande activité fluviale autour de ceux-ci. L’accès à ces sites se fait, du côté ouest, par l’avenue du Tourisme vers les rapides de Kinsuka à partir du Mont Ngaliema. Pour s’évader vers l’est, il faut emprunter la route du Bandundu, au-delà de l’aéroport de Ndjili pour découvrir les merveilles touristiques de la périphérie kinoise situées au bord des cours d’eau (le fleuve Congo à gauche, la rivière Nsele à droite). Des randonnées fluviales sont souvent organisées à partir du Yacht Club de Kinshasa, du Nautic club ou du Port de la Régie des voies fluviales (RVF) pour aboutir sur des bancs de sable, si nombreux en saison sèche, ou sur des sites comme Safari Beach, le Parc de la Nsele ou au Petit Paradis à Maluku.

La ville de Léopoldville-Kinshasa a fortement évolué en près de 130 ans, depuis la création du premier poste créé par Stanley en 1881 jusqu’à la mégapole actuelle comptant 24 communes et plus de dix millions d’habitants. Avec différentes phases de développement à l’œuvre, tant pendant la période coloniale prenant place essentiellement la première moitié du 20 siècle, qu’après l’indépendance et jusqu’à aujourd’hui, où la ville continue de subir de profondes mutations plus ou moins maîtrisées.

Source : « Kinshasa, d’un quartier à l’autre » de Jacques Fumunzanza Muketa (L’Harmattan, 2008).

Communes historiques

L’histoire de la naissance ou de l’implantation des communes à Kinshasa est intimement liée à l’évolution des activités économiques qui s’organisent avec l’arrivée du premier train en mars 1898, mais s’intensifie surtout avec le changement de statut de l’État Indépendant du Congo qui devient Congo Belge en 1908. La colonie et Léopoldville s’organisent avec l’arrivée en 1909 de Jules Renkin, le tout nouveau Ministre belge des Colonies. A partir de ce moment-là, plusieurs actions se mettent en place. La Banque du Congo (actuellement Banque Commerciale du Congo – BCDC) est ouverte en 1909 sur l’emplacement actuel du Ministère du Portefeuille. Dans la foulée, l’emplacement de la gare (Regina sur le tracé de l’actuel Boulevard du 30 juin) et la proximité du nouveau port engendrent deux quartiers reliés au poste de Léopoldville (Kintambo). Il s’agit d’une zone appelée Kinshasa, où vont se cristalliser les activités commerciales, et de Kalina (actuel Gombe) où s’ébauche le centre administratif de la future capitale de la colonie. Un marché ouvert s’établit à l’emplacement actuel de l’Hôtel de la Poste sur les restes d’un ancien cimetière. Ce marché sera transféré quelques temps après dans le pittoresque bâtiment à coupole (African Lux) conçu spécialement à cet effet. Autour de l’Eglise Sainte-Anne, sous l’instigation du Père Raphaël de la Kethulle, s’ouvre la première école primaire (St-Joseph – Elikya) et la première aire de jeux qui sera transférée plus tard à l’emplacement du Stade Reine Astrid (Cardinal Malula). Naîtront dans la foulée, les paroisses et écoles Saint-Pierre à Kinshasa et Saint-Paul à Barumbu. Les quartiers s’organisent autour de ces implantations au gré de l’évolution urbanistique.

En 1923, il est décidé le transfert de tous les services administratifs de Boma à Léopoldville, qui devient ainsi la capitale du Congo Belge. Avec comme conséquence, l’édification d’un nouveau quartier administratif comprenant des bureaux, des bâtiments publics et des maisons pour loger les fonctionnaires. Ce nouveau quartier sera soudé aux deux postes existants de Léo Ouest (Kintambo) et Léo Est (Kinshasa). La pointe de Kalina fera l’affaire. Ce mouvement administratif vient renforcer le développement industriel qui était déclenché depuis quelques années déjà et qui avait donné naissance à l’édification des Cités indigènes autour et dans les environs des zones industrielles et commerciales. Les limites de ces entités indigènes furent repoussées jusqu’au niveau du tracé actuel du chemin de fer reliant Kinshasa à Kintambo, à côté de l’avenue Usoke. Une zone tampon fut créée pour séparer le centre-ville (ville administrative et européenne) des cités indigènes. Cette zone couvre l’emplacement actuel du Marché central, le jardin botanique de Kinshasa (anciennement parc De Bock), le jardin zoologique, le terrain de golf et le cimetière de Kalina (Gombe). Ces différentes entités seront instituées formellement en communes en 1957 lors de la préparation des premières élections municipales au Congo Belge. Celles-ci constituent dès lors les communes historiques qui ont accompagné la première phase de développement de la ville.

Ngaliema et Gombe : le “berceau” et la “ville”

C’est à l’ouest, sur le Mont Nkonzo (actuellement Mont Ngaliema), à côté du village Ntambo (Kintambo), que s’implante en 1881 la station de Stanley Pool, aussitôt rebaptisée Léopoldville et qui correspond à Léo Ouest. La ville naissante s’élargit vers 1919 en direction du nord-est, le long du fleuve, à Kalina où s’établit un quartier gouvernemental et administratif. Et à l’est, à Kinshasa, un centre administratif voit le jour pour le port, la gare et les industries. C’est Léo Est. Cet ensemble formé par Léo Ouest, Kalina et Léo Est, donnera naissance aux communes de Ngaliema et de Léopoldville (Gombe actuelle), qui consisteront essentiellement en des quartiers résidentiels de haut standing réservés aux seuls Européens. Ce qui, force est de constater, correspond encore plus ou moins à la situation actuelle, ces communes étant toujours prisées et davantage occupées par une catégorie sociale privilégiée, composée en grande partie d’expatriés. Même si Gombe s’est davantage muée en centre administratif et d’affaires, dans la lignée de sa vocation première. Tandis que Ngaliema est essentiellement résidentielle, avec des quartiers de charme dont le plus notoire est Ma Campagne.

Les premières Cités

Barumbu, Kinshasa, Lingwala, Kintambo, nées au début de la colonisation, entre 1907 et 1930, comme cités dortoirs destinées à la main-d’œuvre africaine, ces agglomérations se développent au sud de la gare pour constituer les quartiers qui deviendront en 1957 les communes de Barumbu, Kinshasa et Lingwala. Ces trois communes relativement homogènes présentent de nombreuses similitudes, et sont caractérisées notamment par les mêmes avenues qui les traversent d’est en ouest et par l’implantation identique de leur maison communale. Les habitations ont été construites sur des parcelles aux formes régulières, le long d’axes rectilignes. Très intégrées à la ville, ces trois Cités ont été le premier point de contact et d’accueil privilégié des nouveaux arrivants.

Des trois entités, ce sont Kinshasa et Barumbu qui apparaissent aujourd’hui comme les moins favorisées, Lingwala ayant bénéficié d’aménagements ultérieurs. Quoiqu’il en soit, toutes trois sont idéalement situées à proximité de grands axes les reliant au centre-ville, et du Marché central. Ce qui explique leur relatif succès et forte densité actuelle, malgré la détérioration générale de leur habitat. Barumbu tirant quelque peu son épingle du jeu et jouissant d’une forte renommée malgré son environnement dégradé, de par la présence sur son territoire du fameux quartier Bon Marché, haut lieu d’ambiance en ville qui draine chaque soir des milliers de personnes.

L’actuelle commune de Kintambo, plus au sud-ouest, fut leur pendant pour la zone Léo-II européen. Dissociée géographiquement de cet ensemble, Kintambo se démarque par une densité moins forte de constructions. Et jouit également d’une situation idéale, proche du Boulevard du 30 juin et non loin du centre des affaires. Même si c’est un passage obligé (via la place de Kintambo Magasin) pour se rendre dans la verte commune résidentielle de Ngaliema et pour rejoindre la route du Bas-Congo, d’où ces embouteillages incessants.

Nouvelles Cités planifiées

Autour et au-delà de la ville coloniale et des communes historiques, de nouvelles agglomérations, ou Cités planifiées, apparaissent à partir de 1950, avec la mise en œuvre du plan décennal 1949-1959. Les plans d’aménagement qui sont adoptés tiennent compte d’une part, des considérations topographiques de la ville et, d’autre part, de l’essor économique qui entraîne une augmentation notable de la population avec l’arrivée de migrants européens et de populations africaines en quête d’emploi et d’une ville meilleure.

Les Cités de Dendale (aujourd’hui Kasa-Vubu), Ngiri Ngiri et Kalamu naissent à la fin de la deuxième guerre mondiale, entre 1945 et 1955, période caractérisée par la prospérité économique de Léopoldville. Prototypes de la deuxième génération des Cités noires, on les appelle fièrement « nouvelles Cités » par contraste aux premières Cités. Tant elles se démarquent de celles-ci, notamment par le lotissement et par l’habitat en dur, réalisés dans un espace plus visible et urbanisé. Elles sont en ce temps-là les Cités par excellence : modernes, inégalées, porteuses même d’une certaine arrogance et d’autosatisfaction. Particulièrement la commune de Dendale/Kasa-Vubu qui abrite alors de nombreux « évolués », enseignants, artisans, commerçants… Dont Joseph Kasa-Vubu, futur président de la première République, qui sera le premier bourgmestre noir élu de Léopoldville dans cette commune de Dendale, qui porte aujourd’hui son nom. Par ailleurs, la commune de Kasa-Vubu est aussi connue pour rivaliser dans la production d’orchestres et musiciens avec le célèbre quartier Matongé sur la commune voisine de Kalamu, Et elle compte aussi de nombreux lieux festifs sur son territoire.

La commune de Limete s’implante dans la foulée (1952) comme prolongement à l’est du quartier de la gare et du port afin de créer un troisième pôle industriel (Kingabwa et Quartier Industriel) et une extension de la ville européenne avec des habitats résidentiels pour les Blancs. Limete garde la trace de ce riche passé, et est aujourd’hui une cité-jardin où il fait bon habiter. Son symbole, c’est l’Echangeur de Limete, cette drôle de tour et monument inachevé construits par Mobutu officiellement en hommage à Lumumba, dont la statue orne le site depuis 2002.

Les lotissements des autres communes comme Bandalungwa, Matete, et Lemba sont le résultat d’un plan d’urbanisation qui abandonne les constructions faites à l’initiative privée au profit de celles de l’Office des cités africaines, cet organisme de construction et gestion du logement sous la colonie destiné justement à planifier et maîtriser l’extension de la ville. Une part importante de ces logements était attribuée au personnel de la fonction publique avec possibilité pour l’occupant d’en devenir propriétaire. Jadis le prototype de la Cité planifiée, Bandalungwa (Bandal pour les intimes) est aujourd’hui l’une des communes les plus vivantes de Kinshasa avec ses nombreux quartiers d’ambiance réputés partout en ville (le Bloc, Kimbondo, Inga…). C’est aussi le foyer qui a vu émerger nombre de musiciens locaux, aujourd’hui superstars (dont la génération Wenge Musica). Elle jouit également d’un positionnement central appréciable. Quant à Lemba, située en périphérie sur le Mont Amba, elle est davantage connue pour abriter l’UNIKIN au sein de la cité universitaire qui fait sa renommée.

Et enfin, l’actuelle commune de Ndjili comprend également des quartiers de type planifié (le Ndjili ancien) pouvant se raccrocher à cette catégorie d’agglomérations loties dans le cadre du plan d’urbanisation des années 50. La différence avec les autres communes planifiées résidant dans le fait qu’à Ndjili, les constructions n’ont pas été réalisées par un Office unique. Le plan d’aménagement initial de Ndjili sous l’époque coloniale prévoyait d’en faire un charmant quartier africain de banlieue, comme en attestent les (jadis) élégantes artères dessinées en forme circulaire avec de longues échappées, ronds-points et squares qui contrastent avec le découpage quadrillé des Cités anciennes et nouvelles. Ce qui aurait dû faire de Ndjili la Cité la plus attrayante de Kinshasa et de sa périphérie… Aujourd’hui, il n’en est rien, malgré quelques vestiges champêtres qui subsistent. C’est surtout une voie de passage, qu’on traverse essentiellement pour accéder au plateau des Batéké et à la Province du Bandundu. Et bien sûr pour se rendre à l’aéroport international de Ndjili, porte d’entrée nationale principale, qui est logé à cheval sur la commune voisine de la Nsele.

L’ambiance Matongé

Quand l’OCIL (Office des Cités Indigènes de Léopoldville) construit son premier quartier modèle au début des années 1950, il est implanté sur le territoire de la commune de Kalamu, l’une des nouvelles Cités. Il s’agit du quartier Renkin, du nom du tout premier Ministre belge des Colonies. Celui-ci deviendra Matongé lors de la campagne du recours à l’authenticité de Mobutu dans les années 70, en référence aux fruits éponymes que l’on trouvait en abondance sur son territoire d’origine. Ce quartier mythique est considéré comme le centre d’ambiance de la capitale congolaise et le temple de la sape depuis les années 70-80. Plusieurs groupes musicaux d’envergure y sont nés en effet, contribuant à créer la “légende Matongé”. On le doit notamment à l’enfant du quartier, Papa Wemba qui y a érigé son fameux village Molokaï. De jour comme de nuit, Matongé reste un véritable sanctuaire fréquenté par les amateurs de musique kinoise. Les artères principales comme l’avenue du Stade, Oshwe et Saïdi (prolongement du couloir madiacoco) concentrent le plus grand nombre de terrasses qui rivalisent en décibels et voient défiler cabri, tiges et bières dans une ambiance bon enfant. Miroir des amoureux de la mode, le quartier Matongé est aussi célèbre par ses magasins tenus en majorité par des Ouest-Africains qui sont spécialisés dans la vente de vêtements de haute couture, ainsi que pour ses disquaires. La place des Artistes, érigée au rond-point Victoire (le point de transit majeur en ville), et ses environs sont envahis dès le matin par des groupes de gens qui viennent lire les journaux étalés à même le sol pour s’informer sur l’actualité du pays. La radio « trottoir » de Kinshasa est alimentée à partir de ce haut lieu légendaire.

Communes anarchiques

Après l’indépendance, la population de Kinshasa croît rapidement et envahit les espaces libres situés entre les différentes Cités et même au-delà. Cela donne lieu à un mouvement dit révolutionnaire d’occupation anarchique des terres vides qui se déclenche à partir de 1959 sous l’effet de la poussée démographique et d’une urbanisation désordonnée. L’occupation des terres s’opérant depuis 1960 en accord avec les chefs coutumiers, qui distribuent les parcelles en dehors du contrôle de l’État. Commencent alors les constructions au bord des rivières et sur les flancs de collines créant de graves problèmes sanitaires et d’érosion, qui persistent jusqu’à aujourd’hui. On y déplore l’absence criante d’infrastructures de base (voirie, routes, eau potable, électricité) et surtout d’équipements collectifs (hôpitaux, écoles, aires de jeux, marchés…). On distingue d’un côté, les communes du sud (Bumbu, Selembao, Mont Ngafula, Kisenso, Ngaba et Makala) et de l’autre, les communes de l’est (Kimbanseke, Masina, Nsele, Maluku).

Bumbu et Selembao ainsi que Makala et Ngaba sont lotis spontanément à partir de 1959-1960 sous l’effet de la pression née du surpeuplement des anciens quartiers datant d’avant 1960, et de l’exode des populations venues des districts proches de la capitale à la veille de l’indépendance. Plus au sud, sur la colline, Mont Ngafula est une agglomération particulière et d’occupation plus ancienne, au cours des années 50, par une population européenne de colons et d’agents territoriaux. Les nouveaux venus, des hauts cadres pour la plupart, ne commencent à s’y établir effectivement qu’à partir des années 70. Quant à Kisenso, c’est à l’origine un petit village né au début des années 40 qui sera envahi par les gens en provenance de Matete et des travailleurs de l’Université Lovanium. A l’est, on trouve les communes dites “excentriques”, soit Masina et Kimbanseke qui, au départ de simples villages, sont devenues aujourd’hui des agglomérations urbaines très peuplées. La majorité de ces communes populaires, à l’exception peut-être de Mont Ngafula, sont confrontées aujourd’hui à de sérieux problèmes de pauvreté et de salubrité. Et présentent donc un moindre intérêt sur le plan touristique pour le visiteur de passage à Kinshasa.

Par contre, les communes péri-urbaines de Nsele et Maluku constituent des espaces de divertissement fort prisés par les Kinois le week-end, du fait de leur emplacement en bordure de cours d’eau (fleuve Congo et rivière Nsele), des nombreux sites de loisirs qui s’y sont implantés et de leur cadre champêtre. Il s’agit d’étendues infiniment vastes mais très peu peuplées, qui ont été englobées dans la ville-province de Kinshasa. Selon le plan urbain d’aménagement, Maluku et Nsele devaient former avec les communes voisines de Ndjili, Masina et Kimbanseke une ville satellite, intégrée et autonome, qui aurait dû disposer de son propre centre-ville. Aujourd’hui, ces deux communes urbano-rurales se prêtent davantage à l’élevage et à l’agriculture et sont à priori promises à un bel avenir, du fait de leur haut potentiel touristique. De nombreux projets d’investissement en infrastructures de loisirs sont en effet en cours ou appelés à s’y développer dans les prochaines années.

Maluku : une commune à deux visages

Commune urbano-rurale, Maluku est née dans la foulée de la régularisation des zones dites annexes issues de l’urbanisation spontanée.  Sa population est estimée à 250 000 habitants dont la majorité vit dans un extrême dénuement. Avec une superficie de 7 948 km², Maluku est la plus vaste commune de la capitale. Elle est limitée à l’est par la province du Bandundu, à l’ouest par la commune de la Nsele et au sud par la province du Bas-Congo. Les rives du fleuve la bordent au nord, faisant de Maluku un lieu de détente et de loisirs avec de nombreux sites fluviaux très agréables. La pêche et l’agriculture y ont été bien développées. Plusieurs fermes, dont la ferme présidentielle de Kingakati, sont installées sur le territoire à travers le plateau des Batéké. La commune est subdivisée en dix neufs quartiers qui sont en fait des villages éparpillés sur le plateau et dans la savane. De Kimpoko aux installations industrielles de Siforco sur les rives du fleuve Congo, Maluku est une succession extraordinaire de paysages et de sites touristiques de grande valeur. C’est une destination touristique intéressante pour des escapades le week-end, lieu idéal pour les excursions et randonnées fluviales, notamment depuis Kinshasa. Paradoxalement, il existe un contraste saisissant entre la faiblesse des revenus de la population et les activités si nombreuses qui s’y développent. Quelques sites permettent l’hébergement de visiteurs et des balades en semaine ou le week-end : le centre d’accueil de Gafura,  le Petit Paradis, la réserve de Bombo Lumene, les villages IBI, le centre de développement CADIM à Mbankana, etc.

La Nsele, cité présidentielle

La commune de la Nsele s’est imposée comme composante majeure dans le développement socio-économique et touristique de Kinshasa. Lorsque les pouvoirs publics confèrent le statut de commune en 1968 à Nsele, cette entité avait déjà pris ses marques. Elle abritait non seulement l’aéroport de Ndjili qu’elle avait chipé à la commune éponyme mais également la cité portuaire de Kinkole, où fut lancée la journée nationale du poisson célébrée chaque 24 juin.  Ses terres fertiles et ses cours d’eau en font un lieu prisé pour l’agriculture et la pêche. Avec une superficie de 900 km², Nsele est la deuxième commune la plus vaste après Maluku. La rivière Nsele qui traverse la commune offre de beaux paysages sur lesquels se sont développés quelques sites touristiques intéressants, comme Nganda Yala, Jardin d’Eden, Safari Beach… et surtout le Parc animalier et l’ancienne Cité du Parti de Mobutu avec ses dépendances réunies dans le STN (Site Touristique de la Nsele). Le site comprend la station piscicole, la pagode chinoise, la cité du parti  avec sa salle de congrès, les villas pour visiteurs de marque, les dépendances et la résidence présidentielle. Cette belle cité a bien entendu été pillée lors du départ de Mobutu en 1997. Des projets de réhabilitation sont dans les cartons, mais les moyens font défaut. Toutefois, ne perdons pas de vue qu’au-delà de Kinkole et du domaine de la Nsele, les trois-quarts des quartiers et de la population connaissent d’énormes difficultés d’approvisionnement en eau potable et en électricité, et une situation générale précaire.